L'incontinence urinaire et le prolapsus vaginal sont vécus par des millions de femmes à travers le monde comme une maladie honteuse qu'elles n'osent pas évoquer. Briser le tabou, conscientiser, tel est le but de docteur Labib Riachi, un jeune chirurgien libanais bardé de diplômes, reconnu mondialement pour ses travaux pionniers dans ce domaine. Entre deux congrès, Dr Labib Riachi s'est posé au Liban, le temps de nous expliquer comment il a pu changer la qualité de vie de milliers de femmes.

Le parcours d'un médecin libanais
A 37 ans, il a réussi à briser le tabou des troubles de la mécanique pelvienne et offre aux femmes de par le monde une intervention simple et peu agressive pour traiter ces problèmes. Des centaines d'Américaines ont déjà consulté Dr Riachi, heureuses d'avoir enfin trouvé une solution à leur problème. Effectivement, elles rapportent une amélioration optimale de leur qualité de vie, et se trouvent enfin libérées des fuites urinaires incontrôlables et des prolapsus vaginaux gênants (voir troisième page).
Kathleen Devito, patiente du Dr Riachi, témoigne: «Je souffre d'incontinence urinaire depuis ma crise cardiaque. J'ai lu à propos du Dr Riachi et de sa nouvelle technique dans les journaux, et je me suis fait opérer chez lui. Je lui suis tellement reconnaissante, parce que, aujourd'hui, je suis à nouveau capable de faire mes courses en toute liberté. J'ai aussi réussi à reprendre normalement mes activités sans avoir peur des fuites urinaires tellement embarrassantes.» Labib Edison Riachi compte aujourd'hui parmi les médecins les plus populaires des cercles féminins. En effet, ce jeune médecin est le premier à avoir "importé" la technique nommée TVM (Total Vagina Mesh Plasty), qui permet de traiter le prolapsus total ou partiel avec une mèche. Cette technique chirurgicale a été mise au point en France par une équipe de neuf chirurgiens menée par le Dr Bernard Jacquetin, de Clermont Ferrand, et le Dr Michel Cosson de l'université de Lille et le Dr Philippe Débodinance de Saint-Pol-sur-mer.
Devenu une célébrité au Trinitas Regional Medical Center au New Jersey, où il exerce sa profession, Dr Riachi est l'objet d'un intérêt particulier de la presse qui s'intéresse de près à ses réalisations. Depuis peu, le Dr Riachi met son savoir-faire au service des médecins libanais pour leur transmettre cette technique qui simplifie la vie des femmes.

Un sujet tabou, même aux Etats-Unis!
Parler de son incontinence urinaire ou de sa chute vaginale reste un sujet tabou, même aux Etats-Unis. «La femme aux Etats-Unis a beaucoup plus de facilité de parler de sa sexualité que de son incontinence urinaire. En Orient, la situation est encore plus délicate, puisque la femme se prononce à peine sur des sujets en rapport avec sa sexualité. Elle va trouver donc encore plus de difficulté à parler de ses fuites urinaires et de ses prolapsus», explique Dr Riachi. En effet, une femme occidentale se permet de participer à des programmes télévisés afin de parler de ses frustrations sexuelles et de ses fantasmes. Cependant, 69% des femmes incontinentes sont embarrassées par leur situation et ne parlent pas de leurs problèmes. 91% des femmes s'accommodent de l'incontinence urinaire d'effort en changeant leurs habitudes, et choisissent alors de porter des habits sombres, d'avoir recours à des serviettes hygiéniques hyper absorbantes et de se parfumer avec des fragrances fortes afin de cacher d'éventuelles odeurs!
Selon les études, 62% des femmes ont attendu plus d'un an avant de parler de leur problème avec leur médecin traitant; 26% des patientes ne savaient même pas qu'il existait une solution à leur problème; finalement, 35% des femmes ont changé leur activité quotidienne afin de limiter autant que possible les fuites. Elles ont alors préféré éviter tout effort physique, toute relation sexuelle et toute sortie non nécessaire. Et même quand une femme consulte, elle ne parle pas directement de son problème. Elle décrira ainsi des symptômes assez vagues comme des douleurs, une pesanteur pelvienne, ou des troubles sexuels. Au médecin de déchiffrer le message!
«Le médecin se doit donc d'encourager les femmes à parler publiquement de l'incontinence urinaire et des prolapsus. Il faut en effet savoir qu'une fois la femme devenue consciente de la nature de ce problème et de sa grande incidence, elle trouvera moins de difficulté à aller consulter pour ses troubles pelviens. Il ne faut pas oublier que 30 millions de femmes souffrent d'incontinence urinaire aux Etats-Unis, et que 1,5 milliard de dollars sont dépensés annuellement sur les serviettes hygiéniques!» ajoute Dr Riachi. Bien entendu, un prolapsus ou une fuite ne sont jamais des urgences chirurgicales, mais le traitement de tels troubles peut améliorer considérablement la qualité de vie de ces femmes. «Les femmes souffrent en silence. Elles n'extériorisent pas leur douleur, contrairement à ce que l'on pourrait penser. Une femme est un être fragile qu'il faut comprendre et écouter avant de parler avec elle de procédures et de médicaments. Une fois sécurisée, elle parlera plus facilement de ses problèmes et ira se faire traiter au lieu d'avoir honte de ses problèmes intimes», explique le praticien. 

L'incontinence urinaire d'effort: de la physiopathologie au traitement
L'incontinence urinaire est un problème assez embarrassant qui affecte des millions de femmes de par le monde. Pour essayer de comprendre l'ampleur du problème, imaginez que vous ne pouvez plus rire sans uriner involontairement, que vous ne pouvez plus porter dans vos bras ni vos enfants, ni vos petits-enfants, ni même votre sac d'épicerie pour la même raison. Imaginez qu'arrivera le jour où vous redouterez le rhume juste parce que vous avez peur d'éternuer ou de tousser involontairement. Ces problèmes ont un nom: il s'agit de l'incontinence urinaire d'effort. Expliquons alors ces troubles.
Retenir ses urines pendant la phase de remplissage de la vessie est un mécanisme multifactoriel. Ce phénomène nécessite un bon urètre (c'est le conduit qui va faire circuler les urines de la vessie vers l'extérieur) et un bon plancher pelvien (à travers lequel va passer l'urètre). Le plancher pelvien est constitué de muscles et de tissu conjonctif, et c'est la détérioration de ces structures qui sera responsable de l'incontinence urinaire. En effet, au moment de soulever des objets lourds, ou alors après des efforts de toux, d'éternuements ou de rires, la pression abdominale tend à augmenter. Cette augmentation de la pression va alors pousser les urines vers l'extérieur. Pourquoi une femme est-elle normalement continente? Tout se joue au niveau du plancher pelvien. Quand la pression abdominale va augmenter, les muscles vont se contracter et l'urètre ira s'écraser contre une structure solide. L'urine ne va donc plus pouvoir sortir involontairement. Le même problème peut aussi être rencontré au niveau de l'anus. On parlera ainsi d'incontinence fécale dont les symptômes majeurs sont l'évacuation involontaire de gaz et de matières fécales.
Dr Riachi offre alors à ces patientes des sessions d'éducation et des séances de rééducation du plancher pelvien. Il nous explique: «Ce programme aide les femmes à prendre conscience de leurs muscles pelviens qui ne sont habituellement contractés que pendant l'orgasme, et ce involontairement. On apprendra ainsi à ces femmes comment contracter volontairement ces muscles, afin de rendre plus solide le plancher pelvien. Par ailleurs, des séances de stimulation électrique de ces muscles-là permettront de fortifier encore plus ces structures. Si ces techniques marchent, la femme n'aura plus besoin de chirurgie! Cependant, et en cas d'échec de la stimulation musculaire, la meilleure procédure pour traiter un tel problème est la TVT-O (Tension free Vaginal Tape-Obturator approach). La technique consiste à offrir un support à l'urètre afin qu'il puisse mieux supporter les augmentations de la pression abdominale, prévenant ainsi les échappées d'urine en dehors de la miction normale. Cette opération ne dure que 10 minutes et se déroule par voie vaginale, alors que dans les anciennes procédures une incision abdominale était nécessaire. Par ailleurs, la patiente reste réveillée durant l'opération réalisée sous anesthésie locale. On demande même à la patiente de tousser à plusieurs reprises lors de l'intervention afin de vérifier l'efficacité de la procédure. Grâce à cette technique, nous pouvons opérer des femmes de 70 ou 80 ans qui ne supportent pas une anesthésie générale. Par ailleurs, une nouvelle technique est aussi prometteuse, mais toujours sous essai. Il s'agit de la TVT-S (Tension free Vaginal Tape-Secure).»

Quelles solutions pour les prolapsus du plancher pelvien?
Essayons d'abord de comprendre où, quand et comment se formeront les prolapsus du plancher pelvien. Deux facteurs anatomiques vont favoriser la survenue de ces prolapsus chez la femme. Il s'agit d'une part de la bipédie (station debout), et d'autre part, de la forme du périnée (plancher du petit bassin, qui s'étend entre l'anus et les parties génitales), qui est fendu en son milieu. En effet, les structures pelviennes telles la vessie, le rectum ou l'utérus tendent à sortir à travers le vagin sous l'effet de la pesanteur. Plusieurs facteurs vont favoriser cette sortie à travers cette zone de moindre résistance. Citons les accouchements, les chirurgies pelviennes, la ménopause… Donc, une femme de 65 ans, ménopausée, ayant enfanté 5 ou 6 fois par voie basse, court un risque élevé de prolapsus.
Comment se manifestent ces prolapsus? Un prolapsus se définit comme étant une ptose ou une chute d'un organe à travers la paroi affaiblie du vagin. Ainsi, il pourrait s'agir d'un utérus qui tombe dans le vagin, ou alors de la vessie ou du rectum qui font saillie respectivement dans les parois antérieure et postérieure du vagin. On peut rencontrer ces trois problèmes isolés ou associés chez la femme. Pour traiter un prolapsus de tout le plancher pelvien, une nouvelle technique nommée TVMP (Total Vaginal Mesh Plasty) est réalisable. Elle a été approuvée par le FDA (Food and Drug Administration), en mars 2005. Dr Riachi apporte quelques clarifications: «La TVMP consiste à poser une mèche entre la vessie et le vagin, et entre le vagin et le rectum, tout en la reposant au niveau du pelvis (bassin). Cette mèche ressemble à celles utilisées dans la correction des hernies et elle est introduite dans le plancher pelvien par une incision.» A titre d'anecdote, Dr Riachi ajoute: «En apprenant cette technique aux chefs de service de différents hôpitaux, j'ai insisté à faire remarquer qu'elle serait impraticable par des chirurgiens qui ne sont pas familiers avec la chirurgie vaginale, puisque trop délicate. Il semble qu'ils ont pris la remarque au sérieux puisqu'ils ont envoyé quelque temps plus tard leurs jeunes étudiants.»
Cette technique présente plusieurs avantages par rapport à celles anciennement utilisées: un taux de succès de 80%, une voie d'abord vaginale et non pas abdominale, une anesthésie locale et non générale, et une durée totale pour l'intervention d'une heure. La patiente peut quitter l'hôpital 24 heures après l'opération. Un avantage par rapport aux anciennes techniques mérite d'être rapporté à part: l'ancienne technique consistait à entrer par l'abdomen, à couper l'utérus, pour soulever en fin de compte le vagin et réduire le prolapsus vaginal. La technique actuelle conserve l'utérus, surtout que des femmes assez jeunes peuvent souffrir de prolapsus.
Mais cette technique comporte aussi des complications. D'abord, les complications de toute chirurgie, et qui sont l'infection ou l'allergie à certains médicaments. Un autre risque est celui de l'échec de la procédure. Enfin, existe le risque de rejet de la mèche, considérée par l'organisme comme un corps étranger. Dr Riachi ajoute: «J'ai déjà introduit les techniques de traitement du prolapsus dans trois hôpitaux libanais: l'Hôtel Dieu de France, l'Hôpital Saint Georges des Grecs Orthodoxes et l'Hôpital Rizk. Par ailleurs, je participe toujours à des séminaires au Liban, comme dans d'autres pays arabes.»
Les nouvelles techniques introduites par Dr Riachi aux Etats-Unis ont permis de mettre fin à des problèmes assez gênants et embarrassants pour les femmes. Dr Riachi insiste d'ailleurs qu'il est du devoir du médecin de poser les bonnes questions afin d'identifier le problème et de proposer à sa patiente les techniques les moins invasives. L'opération chirurgicale proposée se caractérise par son agressivité minime et par son taux de succès assez élevé.
Briser les tabous pour libérer les femmes, les inciter à évoquer leurs problèmes, et surtout leur dire qu'elles ne sont pas seules et que la solution est simple, tel semble être le message de ce chirurgien de 37 ans, dont le Liban peut être fier.

Carla Hajj

 Un parcours brillant dédié à la mémoire de Corinne
Labib Edison Riachi a terminé ses études scolaires à Champville. En 1991, il obtient un diplôme en biologie de l'Université américaine de Beyrouth, puis il s'inscrit à la Lebanese american university (LAU), où il décroche un diplôme en affaires. Un mois plus tard, il quitte le Liban pour les Etats-Unis afin de poursuivre ses études médicales à l'université Saint-George, Grenada. Devenu obstétricien-gynécologue, il se spécialise en oncologie gynécologique et en chirurgie avancée de la région pelvienne.
Labib lutte principalement contre le cancer ovarien, obstiné à le vaincre. Derrière cette obstination, une histoire personnelle douloureuse. En effet, Labib est le cousin de Corinne Saab, auteur du livre «J'avais 21 ans...», décédée, il y a un an, dans la fleur de l'âge, d'un cancer de l'ovaire. «C'est à Corinne que je dédie mon travail, explique Dr Riachi. C'était une vraie combattante. Elle a pu vivre 7 ans avec sa maladie, alors que le pronostic d'un tel cancer est très mauvais. En fait, les tumeurs ovariennes malignes constituent la première cause de mortalité par cancer, et l'espérance de vie ne dépasse pas généralement les quelques mois.» «Corinne avait une joie de vie sans pareil, ajoute-t-il avec une certaine amertume. Lors de mes passages au Liban, elle refusait de garder le lit. Elle planquait les sacs de sérum sur son dos, et m'emmenait flâner dans les rues de Beyrouth. Elle refusait la faiblesse, et défiait la maladie. Après sept ans, elle était épuisée et elle repose à présent en paix. Je l'admire tellement!».
Dr Riachi affiche la photo de sa cousine dans son cabinet de New Jersey. Même partie, Corinne aide Labib dans sa pratique médicale, et l'inspire à aider les patientes diagnostiquées de cette même maladie: «Si Corinne a pu survivre 7 ans à sa maladie, vous aussi vous pouvez le faire.» Un an après la mort de sa cousine, Labib Riachi continue à visiter le Liban pour présenter des conférences et des sessions de formation en mémoire de Corinne. Au cours de ses voyages, il essaie aussi d'introduire les nouvelles techniques chirurgicales au Liban, toujours soucieux de la qualité de vie des milliers de femmes qui souffrent inutilement.